Rien ne la prédestinait au monde agricole. À 32 ans, Laurène Jeambrun partage son temps entre son exploitation familiale et la présidence des Fruitières Réunies de Trévillers, où elle défend avec passion le Gruyère France IGP (Indication géographique protégée).
À première vue, rien ne semblait conduire Laurène Jeambrun vers les prés du plateau de Maîche. Après des études de comptabilité puis un BTS d’assistante de gestion, la jeune femme imagine un tout autre avenir. Jusqu’à sa rencontre avec Vincent, agriculteur. « Au départ, je venais simplement lui donner un coup de main. Et finalement, j’ai découvert un métier qui m’a tout de suite plu. »
Le sens du bétail
Avec leurs jeunes jumeaux, le couple fait alors un pari audacieux. Laurène reprend une année d’études à la Maison familiale rurale (MFR) de Vercel pour obtenir un diplôme de technicien agricole, avant de s’installer en 2018. « J’ai loué 26 hectares à côté, à Soulce-Cernay, et nous avons pu augmenter notre cheptel à 50 montbéliardes. » Aujourd’hui, leur Groupement agricole d’exploitation en commun (GAEC) compte 84 hectares et produit quelque 338 800 litres de lait chaque année.
Les journées commencent avant l’aube. Lever à 5 heures 15, traite, retour auprès des enfants avant l’école, travail sur l’exploitation et tâches administratives, puis nouvelle traite en fin de journée, à 16 heures, pour terminer à 18 heures l’été. « C’est un rythme exigeant, mais j’aime cette qualité de vie. Nos enfants grandissent avec nous, au coeur de la ferme. »
Présidente des fruitières
Très vite, Laurène s’investit aussi dans la vie de la fruitière de Trévillers. D’abord vice-présidente, elle est élue présidente en septembre 2025, après le départ de son prédécesseur. Une responsabilité importante pour cette coopérative qui rassemble 33 producteurs et collecte 9,6 millions de litres de lait chaque année.
« Au début, je me demandais si j’étais vraiment à ma place, d’autant que je suis la seule femme. Ce n’est pas toujours simple de s’imposer dans un univers très masculin. Mais les autres administrateurs m’ont fait confiance et m’ont encouragée. »
Laurène Jeambrun
Seule femme du conseil d’administration, elle prépare les décisions stratégiques, suit les investissements, propose le prix du lait au conseil d’administration et pilote actuellement la création d’une troisième cave d’affinage à la fruitière.
« Ce sont des responsabilités importantes. La décision finale revient à la présidente, il faut savoir écouter tout le monde puis trancher. »
Valorisation des fromages
Au-delà de la gestion, ce qui l’anime reste la valorisation des fromages produits par la coopérative et vendus dans leurs cinq magasins (Trévillers, Valentigney, Danjoutin en région et deux boutiques en Alsace à Soppe-le-Bas et Kingersheim) : Comté AOP, Morbier AOP, raclette… et bien sûr Gruyère France IGP.
« J’aime faire découvrir le Gruyère, qui reste encore méconnu, même s’il est vendu en grandes surfaces, à la coupe ou en râpé. Lorsqu’on le fait goûter, les retours sont toujours très positifs. »
Pour cette amoureuse du Doubs, avoir changé de vie reste une évidence. « Je n’ai jamais regretté mon choix. C’était un défi, mais aujourd’hui je suis exactement là où j’ai envie d’être. »
Le Gruyère IGP, un savoir-faire bien de chez nous

Moins connu que le Comté, le Gruyère France IGP est pourtant fabriqué en Franche-Comté (Doubs et Haute-Saône) ainsi qu’en Savoie. Sous sa croûte fine et lisse, ce fromage au lait cru de vache, à pâte pressée cuite, se distingue notamment par ses petits trous, contrairement au Gruyère suisse. Affiné au minimum quatre mois, son goût est doux, fruité et fleuri. À Trévillers, une partie du lait de la coopérative lui est consacrée. L’IGP, obtenue en 2013, garantit son origine et un savoir-faire traditionnel reconnu.
Pour en savoir plus
Découvrez la fromagerie des Fruitières Réunies de Trévillers sur www.fromagerietrevillers.fr
